LUC FREMIOT

Ecrivain français, né le 13 août 1951 à Neuilly-sur-Seine

Luc Frémiot a fait toute sa carrière dans la magistrature. La fibre littéraire l'a pris sur le tard... mais je sens qu'il va se hâter de rattraper le temps perdu.

Tour à tour, Luc Frémiot a été juge d'instruction au TGI (Tribunal de Grande Instance) de Lille, premier substitut au TGI de Boulogne-sur-mer, Substitut général à la cour d'appel de Douai et enfin, procureur de la république, toujours à Douai. 

Il s'est fait connaître, notamment, dans sa lutte contre les violences conjugales. Parmi les procès célèbres auxquels il a participé, celui d'Alexandra Lange a marqué les esprit. Cette femme, battue par son mari qu'elle a fini par tuer, fut acquittée pour légitime défense. 

Luc Frémiot a eu l'honneur (et sûrement la fierté) de se faire "interpréter" par Marc Lavoine dans le téléfilm L'emprise

On lui connaît (pour l'instant) deux publications : "Je vous laisse juges" en 2014 (Robert Laffont) et "La vengeance d'une femme" (voir ci-contre), paru en 2018 chez Michalon. Depuis peu, il dirige la collection "Affaires criminelles" chez son éditeur : Michalon. 

                                  Flaubert en robe rouge....

Voici une nouvelle affaire vécue par l'avocat général Luc Frémiot et romancée par l'écrivain du même nom. Ce livre se décompose en deux parties : la première met en scène le cadre et les personnages et la seconde se consacre essentiellement au procès. C'est dans la seconde qu'on sent l'expertise du magistrat et sa grande maîtrise du sujet... mais j'avoue avoir été bluffé par la première. Car j'y ai découvert un (vrai) écrivain. Un style hautement métaphorique, parfaitement maîtrisé, qui ne tombe jamais dans l'ostentation. Un langage riche, au vocabulaire imagé, sans toutefois chercher à impressionner le "juré lecteur" par des formules lexicales spectaculaires. Je vais faire rougir l'auteur mais, quelque part, je me suis cru dans du Flaubert ! 

Quant à l'intrigue, disons plutôt l'affaire, elle est relativement simple. Un paysan, aussi vide émotionnellement qu'intellectuellement, commet un assassinat qu'il tente de faire passer pour un homicide, avec l'aide d'un ténor du barreau assez caricatural. Evidemment, dès le début, on sait ce qui va se passer ; il est aisé de deviner le verdict. Mais Frémiot nous plonge dans l'atmosphère théâtrale de la cour, s'attardant avec minutie sur le caractère de chaque intervenant, à telle enseigne qu'on va beaucoup plus loin qu'un simple compte-rendu d'audience. Et c'est alors qu'après une première partie que je qualifierai de littéraire, la seconde vire à la comédie dramatique. 

Ce n'est ni un polar, ni un thriller mais ça se lit d'un jet et les pages tournent toutes seules. Autant dire que j'ai beaucoup aimé et que Luc Frémiot, s'il continue comme cela, va créer une vraie "niche" dont il sera - pour l'instant - le seul occupant. 

"Au clair de la lune" (Michalon, collection "Affaires criminelles), de Luc Frémiot.                                    Ma note : 18/20.

L'authenticité d'un document, l'addiction d'un thriller ! 

"Voilà un bon bouquin. Il relate une enquête, suivie d'un procès. Jusque là, rien d'original. Sauf que... l'auteur, Luc Frémiot, est un célèbre avocat général des Hauts de France. Il s'ensuit que le monde judiciaire est décrit "de l'intérieur". Ce pourrait être barbant ; c'est tout le contraire. Juriste-fonctionnaire, notre homme a la plume littéraire. Il prend son lecteur par la main et lui fait tourner les pages, sans même qu'il s'en aperçoive... hâpé par l'intrigue et la force des personnages. Une force mêlée de faiblesses qui arrache notre compassion. 

On sent le vécu dépeint avec les outils de la fiction. C'est ce qui fait la beauté de ce roman. 

Il y a aussi un côté didactique, en filigrane de ce récit. On y découvre les méthodes, les petits trucs, les astuces des ténors du barreau... mais aussi leurs doutes, leurs angoisses, maquillées par des envolées lyriques. 

On imagine également que l'auteur est parti d'un fait divers qu'il a réellement vécu, pour bâtir son intrigue. Ce qui, évidemment, place sous un verre grossissant la monstruosité du coupable et la souffrance de sa (ses) victime. 

"La vengeance d'une femme", de Luc Frémiot (Michalon). 334 pages. 20 €.

Ma note : 17/20