Lectures

    Michaël Ridpath : déjà dans la grande tradition du polar anglais.

J'ai découvert Michaël Ridpath, il y a peu et, depuis, je le suis aveuglément. C'est un ancien trader qui écrit des thrillers sur le milieu de la finance. "Final venture" sort de son cadre pour s'intéresser aux bio-technologies mais, dans tous les cas, en plus de l'intrigue qui nous tient en haleine, on découvre en profondeur un milieu socio-professionnel intéressant. 

J'avoue avoir préféré "The marketmaker" mais j'ai quand même pris beaucoup de plaisir à lire "Final venture". Ridpath est un jeune auteur mais son style s'inscrit dans la tradition du polar britannique. Le narrateur parle à la première personne, a une bonne dose d'humour tout en restant empathique et, quelque part, un peu fragile. Ce qui ne manque pas de séduire le lectorat féminin.

Ma note : 16/20

"David Golder" est l'oeuvre la plus connue d'Irène Nemirovski avec "Une suite française". Tous deux ont été adaptées au cinéma. Le roman de cette femme hors du commun que j'ai préféré est "Le vin de solitude", largement autobiographique. Tout ça pour vous montrer tout ce qu'Irène Nemirovski (Russe expatriée dont la vie fut tragiquement courte) a eu le temps d'écrire avant de disparaître dans les camps de la mort. Je ne chroniquerai pas sur David Golder ou un autre de ces romans, en particulier. Tout ce que vous lirez d'elle vous enchantera. C'est une écrivaine majeune, absolument incontournable, une des plus belles plumes du siècle. 

Ma note : 19/20

 Les anonymes" : une priorité dans sa bibliothèque !

"Les anonymes" (A simple act of violence, photo ci-contre), de Roger Jon Ellory, est un des meilleurs polars que j'aie jamais lus. C'est un peu idiot et restrictif que d'écrire cela... mais j'avoue que c'est l'impression que j'ai ressentie après avoir tourné la 562ème et dernière page. On a un sentiment à la fois de soulagement, l'attention (et la tension) se relâchant d'un coup et puis... un sentiment de frustration parce que tout s'arrête. Comme face à une boîte de chocolats vide, quand on a avalé la dernière griotte ! Comparaison stupide, je vous l'accorde... mais c'est aussi ça l'addiction à l'encre. Il se dégage de ce thriller une puissance qui dépasse largement les limites du genre. On navigue dans les entrailles de la politique étrangère américaine en partant d'une simple enquête, la "simple" traque d'un tueur en série. Tout est "simple" dans ce roman, même le titre en Anglais. Sauf que ce "simple" là veut tout dire... sauf médiocre. Plus on avance dans l'intrigue, plus on mesure la dimension des personnages. 

C'est du grand art et même - j'ose le dire - de la grande littérature. 

Ma note : 20/20

           L'Europe selon Romain                                 Gary

Romain Gary n'est pas une découverte et son "Education européene" n'a rien à voir avec la Communauté Européenne, quoi que.... Toujours est-il que se replonger dans le bain de la "grande" littérature (disons plutôt : celle que le temps n'érode pas) ne fait jamais de mal. 

Gary (ou Ajar, si vous préférez) fait partie de ces auteurs qui ne demandent pas plus d'effort au lecteur qu'ils ne semblent en déployer pour écrire. Et pourtant, ces romans sont comparables à une poupée russe. On n'arrête jamais d'y découvrir de nouveaux éléments. Le plaisir de lire et la réflexion s'y cotôient. Au lecteur de voir là où il veut s'arrêter. 

Et si j'osais terminer par un très mauvais jeu de mots (oui, j'ose !), je chanterai en pastichant un autre immortel : Georges brassens,

"Gare au Gary...."                                                           Ma note : 18/20

                            L'autre "Grand amour" de Mittérand

J'adore la plume d'Erik Orsenna. L'homme n'est pas "immortel" pour rien. On imagine que le temps ne lui fera pas de mal. J'adore aussi son humour décalé et très personnel. Ou plutôt cet espèce de miroir burlesque qui lui renvoie son image à travers le fameux Gabriel qu'on retrouve aussi dans la merveilleuse "Exposition coloniale" qui lui a valu le Prix Goncourt. 

"Grand amour" retrace sa vie de nègre au service de François Mittérand, dont il écrivait les discours. On imagine que le président, féru de littérature, et l'écrivain facétieux devaient bien s'entendre. Même esprit, c'est sûr, même éthique ?... C'est un autre discours (sans jeu de mots). Toujours est-il que "Grand amour" vous fait vivre le palais de l'Elysée au quotidien et que ça ne manque pas de drôlerie. 

Le drôle dans un Français impeccable se déguste comme un met fin. Mittérant, gastronome-épicurien, aura su en tirer la substantifique moëlle. 

Ma note : 16/20

                                Un innocent pas si innocent....

Christophe Donner n'a pas "commis" depuis un certain temps mais il reste un auteur très intéressant, un tantinet marginal, un peu à part dans le grand bain littéraire actuel. Je ne dirai pas que son roman "L'innocent" est atypique dans sa production car aucun de ses romans ne ressemble à un autre... mais tout de même, cet Innocent, au parfum très autobiographique, est tout sauf... innocent.

On s'en doute !

Il n'en demeure pas moins que Donner sait écrire et que, même s'il ne se passe pas grand chose dans le climat assez toxique, voire parfois irrespirable, de la narration, le lecteur se laisse emmener par la plume de l'auteur en y prenant - je l'avoue, un peu honteux - du plaisir. 

Dans ce roman, la forme m'a plus marqué que le fond, vous l'avez compris. Réflexion faite, avec le recul, c'est de la belle ouvrage qui, in fine, ne génère ni l'ennui ni le dégoût. N'est-ce pas là l'essentiel ? On se promène avec intérêt dans les souvenirs de l'auteur... des souvenirs pleins de couleurs et de soleil dans lesquels le stylo de Donner se transforme souvent en pinceau. 

Ma note : 15/20

 Au fond de l'eau... on a tendance à y rester !

"Au fond de l'eau" est le deuxième roman de Paula Hawkins, après le best-seller "La fille du train". Ce livre me laisse perplexe. Je ne sais qu'en penser. J'ai été tenté de m'arrêter à mi-parcours... mais je ne l'ai pas fait. Et je ne le regrette pas. Mon désarroi vient du fait que rien ne bouge, dans ce roman, avant la page 270 sur 400. Cela fait une longue attente pour un amateur d'intrigues policières. 

Malgré tout, les personnages ont une consistance inouïe. Une incroyable force se dégage d'eux. Le lecteur vit avec leurs démons, les ombres du passé, les rancoeurs et rancunes entre familles qui se mêlent à des légendes morbides. L'action se situe dans une petite ville du nord de l'Angleterre, non loin de l'Ecosse. On s'attache à ces personnages, on vit en empathie avec eux, leurs douleurs, leur mal-être, leurs deuils. 

Ces deuils qui les poursuivent comme des fantômes. 

Seulement, voilà... l'intrigue ne bouge pas et l'on passe d'un personnage à l'autre (chaque chapitre porte le nom de son protagoniste qui, souvent, s'exprime à la première personne) sans avoir l'impression d'avancer. Quand tout se met à accélérer, brusquement, on a hâte de connaître la fin et l'on est avide de tourner les pages. Enfin. Malheureusement, la fin est prévisible. Le faux coupable ne tient pas la route et le vrai n'est pas difficile à trouver. 

Dommage car le texte est très beau et les personnages d'une rare puissance. 

Ma note : 15/20 

           "La vengeance d'une femme" n'épargne que... le lecteur !

Voilà un bon bouquin. Il relate une enquête, suivie d'un procès. Jusque là, rien d'original. Sauf que... l'auteur, Luc Frémiot, est un célèbre avocat général des Hauts de France. Il s'ensuit que le monde judiciaire est décrit "de l'intérieur". Ce pourrait être barbant ; c'est tout le contraire. Juriste-fonctionnaire, notre homme a la plume littéraire. Il prend son lecteur par la main et lui fait tourner les pages, sans même qu'il s'en aperçoive... hâpé par l'intrigue et la force des personnages. Une force mêlée de faiblesses qui arrache notre compassion. 

On sent le vécu dépeint avec les outils de la fiction. C'est ce qui fait la beauté de ce roman. 

Il y a aussi un côté didactique, en filigrane de ce récit. On y découvre les méthodes, les petits trucs, les astuces des ténors du barreau... mais aussi leurs doutes, leurs angoisses, maquillées par des envolées lyriques. 

On imagine également que l'auteur est parti d'un fait divers qu'il a réellement vécu, pour bâtir son intrigue. Ce qui, évidemment, place sous un verre grossissant la monstruosité du coupable et la souffrance de sa (ses) victime. 

"La vengeance d'une femme", de Luc Frémiot, vient de sortir aux éditions Michalon. 334 pages. 20 €.

Ma note : 17/20

 

                             Sous la pluie... on ne se mouille pas.

Voilà une petite nouvelle bien sympathique de l'Italien Antonio Lanzetta qui commence à être connu dans la "polarsphère". Une nouvelle reste une nouvelle et il faut la juger comme telle. "Sous la pluie", on ne se mouille pas beaucoup.... Toutefois, cela se lit sans difficulté au fil d'une intrigue, certes guère compliquée mais agréable à suivre. Le cadre et les personnages nous plongent dans l'Italie que nous aimons, celle d'un art de vivre que les latins transalpins savent sublimer. 

En résumé : un bon moment de lecture qui nous donne envie d'aller fourrer nos petites cellules grises dans l'oeuvre romanesque de Lanzetta. 

Sous la pluie d'Antonio Lanzetta, paru chez Bragelonne. Ma note : 14/20 

                    Un roman que vous n'oublierez pas de sitôt !

J'ai déjà dit plus haut tout le bien que je pense de l'oeuvre de Roger-Jon Ellory : un auteur majeur dans l'art du polar qui est en train de devenir un auteur majeur, tout court. Car "Candlemoth" ("Papillon de nuit en Français") pose des questions qui vont bien au-delà de l'intrigue policière. L'intrigue existe, elle est bien présente (surtout à la fin !), mais ce roman ouvre un débat sur la peine de mort et l'Amérique des "sixties" qui dépasse largement le cadre du roman policier. 

Les personnages principaux (et même secondaires) sont d'une force rare, leur histoire nous prend les tripes et même, chose assez rare (du moins pour le lecteur que je suis), on souffre avec eux. 

Et ce n'est pas une souffrance fictive. 

Car, après avoir tourné la dernière page, il faut quelques temps pour se remettre de la "torture psychologique" infligée par monsieur Ellory. 

Chapeau maestro !

Candlemoth (Papillon de nuit) de Roger-Jon Ellory. Ma note : 19/20

                   Une sympathique entrée dans l'oeuvre de Ken Follett

Paper money est une oeuvre de jeunesse de ce formidable auteur qu'est Ken Follett. Comme il l'avoue lui-même dans sa préface, son livre n'a pas été un succès lors de sa sortie. En parfaite humilité, il en donne l'explication technique. 

Pour autant, ce "petit" roman (on a plutôt l'habitude de gros "pavés" avec lui) n'est pas dénué d'intérêt. Notamment en ce qui concerne sa description du milieu de la presse londonienne (Fleet street) où l'on sent que Follett a fait ses armes, avant de se lancer dans l'écriture romanesque. 

L'intrigue se déroule en une seule journée au même endroit (Londres et sa banlieue). Nous sommes donc en présence de deux des trois unités de la tragédie classique : le temps et le lieu. Quant à l'action, elle varie selon les personnages qui, ainsi qu'il le dit lui-même, sont très nombreux. Malgré cela, on s'y retrouve très bien : une preuve supplémentaire du talent de l'auteur.

En résumé : un très bon produit d'appel, comme on dit dans le jargon du marketing. 

Paper money de Ken Follett, paru chez Signet. 253 pages. Ma note : 15/20 

                    Ne fusillez pas Brasillach une seconde fois !

Je viens de finir la lecture de "Les sept couleurs" de Robert Brasillach, sur Kindle. D'abord, un très mauvais point à l'éditeur : c'est bourré de coquilles. Quel dommage ! Car cet ouvrage est très original, épousant en un seul volume tous les genres littéraires (roman, récit, chroniques historiques, essais, théâtre, etc.). D'où le titre : Les sept couleurs.

Outre le fait qu'il nous raconte une poignante histoire d'amour, "Les sept couleurs" brasse une époque... historiquement turbulente. Le milieu des années 30. Front Populaire en France, avènement d'Hitler en Allemagne et guerre d'Espagne. A travers ses héros, brasillach prend parti. On connaît sa couleur politique... mais est-ce que ça lui valait d'être fusillé, lors de l'épuration "post libération", quand tant de suppôts du génocide soviétique se sont aujourd'hui bâti une image d'humanistes bienveillants ? 

C'est un autre discours. Revenons à l'oeuvre par elle même. C'est superbement écrit et, même si l'on pense différemment, "Les sept couleurs" méritent un regard strictement littéraire. Ne fusillez pas Brasillach une seconde fois !

Les sept couleurs de Robert Brasillach. Ma note : 16/20.

             Que les elfes restent entre-eux !

J'ai tellement adoré "L'élegance du hérisson" que j'attendais beaucoup du roman de Muriel Barbery qui a suivi ce chef d'oeuvre. Probablement beaucoup trop... car, avec "La vie des elfes", je suis tombé de haut. J'ai tenu une centaine de pages et puis, j'ai déposé les armes. L'histoire de ces deux fillettes aux dons surnaturels, élevées par des elfes, me dépasse. Que ces elfes restent entre-eux... qu'ils restent à l'intérieur de ce livre dont j'ai refermé les pages. Certes, un peu à regret car le style de Muriel Barbery est absolument magnifique. Mais on ne peut passer tout un livre à se pâmer devant un style. Dans un roman, il faut aussi que l'histoire vous accroche. Eh bien voilà... mon wagon s'est rapidement décroché de la locomotive. 

"La vie des elfes" de Muriel Barbery, chez Gallimard. Ma note : 12/20.

     Un document : échange épistolaire entre deux écrivains majeurs. 

Très intéressante correspondante entre deux écrivains majeurs du vingtième siècle (et un bout de 21ème) : Michel Déon et Félicien Marceau. D'abord, on y assiste à la naissance d'une belle amitié littéraire puis une amitié tout court. Ils deviennent inséparables... épistolairement. Ils nous font voyager avec eux (Déon "bouge" beaucoup) et nous font partager leur cadre de vie : L'Irlande, L'Italie, la Grèce, etc. Mais surtout, à travers leurs échanges, c'est toute la vie littéraire du siècle écoulé qui est passée en revue. 

De très riches moments. Un témoignage culturel qui n'a pas de prix. 

"De Marceau à Déon. De Michel à Félicien". Recueil de lettres, paru chez Gallimard. Ma note : 17/20.

                 Voyage au pays de la pègre

Voici les mémoires d'un rescapé de la pègre, Jean-Pierre Hernandez, dit "Pierrot" ou "Le gros", dernier "survivant" de la fameuse French Connection. Mémoires rédigées par un professeur agrégé de lettres modernes : Christophe Chabert. 

Comme le dit la couverture, c'est un document. On y retrouve toutes les célébrités du grand banditisme, des années 50 au nouveau millénaire (Zampa, Fargette, Frfancis le Belge, Jacky le mat, etc.). Un demi-siècle de trafics en tout genre (drogue, notamment), d'arnaques, de braquages... mais aussi de respect d'un certain code, de valeurs, dans un monde parallèle. On s'y instruit beaucoup, sans pour autant être véritablement surpris car tous les protagonistes de ce livre sont déjà apparus dans des fictions... quand ils ne firent la "une" de l'actualité. 

Le narrateur est plutôt sympathique... mais je suppose que son but n'était pas de se noircir. En tout cas, il nous confirme que, dans l'univers des voyous comme dans celui des "honnêtes" gens, la régularité paye toujours. La seule différence étant que, dans le monde légal, un dérrapage vaut une peine de prison, et dans celui de Hernandez, c'est une place au cimetière. Sans parler des "erreurs judiciaires" qui se finissent toujours dans un bain de sang. 

"Quand j'étais gangster". Jean-Pierre Hernandez. Flammarion, 318 pages.  Ma note : 15/20.

                Un bon moment de rigolade.

Je crois bien que c'est la première fois que je lis un "auto édité". C'est un polar dont le titre, REM, se rapporte à des outils informatiques contenant des fichiers accessibles aux seuls détenteurs d'un code. Seulement voilà, comme il s'agit d'un roman policier, le REM va être "cassé" par le narrateur qui n'aurait pas dû voir ce qui se trouvait à l'intérieur. S'ensuivra une série de poursuites au péril de sa vie. 

Si l'intrigue est banale, le style ne l'est pas. Jean Cazalis pratique un humour décalé au trentième degré, que j'ai particulièrement savouré. Sans vouloir être sévère, je dirai que le roman n'existe qu'à travers la dérision (souvent autodérision) de l'auteur. De ce côté-là, il se dévore... et tant pis pour l'histoire qui, en fin de compte, n'a que peu d'importance. Pour un bon moment de rigolade, je vous le conseille.

"REM", de Jean Cazalis. Auto édité sur Amazon. Ma note : 14/20 

                   Un dragon qui pète le feu !

Pour ce premier thriller, le scénariste David Defendi n'a pas raté son coup. On tourne les pages de "Têtes de dragon" au rythme de l'action et ça va très vite. Peut-être un peu trop, d'ailleurs, car j'aurais aimé une fin un peu plus délayée et mieux construite. Mis à part cela (et quelques inexactitudes dans le texte), l'intrigue est soutenue et passionnante. L'immersion du lecteur dans la communauté asiatique de Paris est instructive et Defendi réalise un vrai travail de journaliste, à cet égard. Son style est nerveux, riche et très actuel. Il est en osmose avec le thème... et avec le héros - le narrateur - sur lequel le lecteur a du mal à se positionner moralement. C'est là le tour de force de l'auteur. Il nous le montre, dans certaines scènes, comme un tueur de sang froid... et dans d'autres, comme un poissard manipulé, ordure malgré lui. Un agréable moment de lecture, en tout cas.

"Têtes de dragon" de David Defendi, chez Albin Michel. 216 pages. Ma note : 14/20.

                        Un... petit déjeuner

"Un déjeuner de soleil" n'est pas le meilleur Déon (pour moi)... mais un Déon moyen vaudra toujours mieux que le best d'un auteur secondaire. Voilà pourquoi je vous recommande de ne pas sauter ce déjeuner ! 

En fait, dans cette histoire qui raconte la vie d'un écrivain, Stanislas Béren, mi-réel mi-imaginaire, nous transporte dans l'univers littéraire de l'auteur. Et probablement, son univers tout court. Car j'imagine que ce récit est largement autobiographique. Cela étant dit, c'est un peu long... parfois ennuyeux. On se perd un peu dans les aventures amoureuses du héros... mais c'est tellement bien écrit qu'on ne reste pas longtemps égaré. 

Bref : un petit déjeuner... mais tout de même très riche.

"Un déjeuner de soleil", de Michel Déon (Gallimard). Ma note : 15/20

         Du beau verbe pour ce beau monde....

"Le beau monde" est un beau roman, dans le sens de l'écriture. Son auteure, Laure Mi Hyun Croset, est une grande amoureuse de Flaubert. Son style s'en inspire. Il n'est pas l'égal du maître mais, parfois, il y confine. Ce roman est original dans le sens où il n'y a aucun dialogue. La montée en puissance autour du personnage central - central mais absent "physiquement" - est intéressante. Malheureusement, il y a quelques redondances qui cassent le rythme. J'avoue qu'on s'ennuie un peu, parfois.

Impression globalement positive néanmoins. Si vous faites l'achat de ce roman, vous ne le regretterez pas. 

"Le beau monde" de Laure Mi Hyun Croset, paru chez Albin Michel.       Ma note : 14/20. 

      Ambitions assassines... ou l'éternelle question : la fin justifie-t-elle les moyens ?

"Ambitions assassines" est un polar dont l'intrigue a pour cadre une élection municipale. Rien de moins que celle à la mairie de Paris ! Deux candidats s'affrontent et le "favori", qui veut gagner à coup sûr, va déraper. Ce roman, bien construit, nous fait entrer dans le monde de la politique à travers le prisme du journalisme. Normal, l'auteure du roman, Claire Bauchard, travaille au magazine "Elle". Les personnages sont bien campés, l'intrigue correctement ficelée (même si la fin est prévisible). Le style, assez nerveux, ne laisse aucune place à l'ennui. Bref, on passe un moment agréable à la lecture de ce polar. Certes, on n'ira pas jusqu'à dire qu'il révolutionne le genre mais, au moins, il a le mérite de ne pas viser plus haut que ses ambitions, qui ne sont pas... assassines mais plutôt récréatives. 

Ambitions assassines, de Claire Bauchard (Editions du Rocher). Ma note : 13/20 

                         Trunk music...une musique pas vraiment douce mais palpitante !

Tout le monde connaît Michaël Connelly, inutile d'en faire la présentation. Sauf que, chez cet ancien correspondant des affaires criminelles au L.A. Times, on sent l'expertise technique. Plus encore qu'un flic recyclé en auteur de polars, le journaliste devenu écrivain a su pénétrer la vie des enquêteurs californiens de l'intérieur, ainsi que la rivalité entre les différents services qui se livrent une guerre interne... alors qu'ils devraient être unis dans la lutte contre la pègre. C'est du moins ainsi qu'on les imagine dans un monde idéal. 

Mais ici, on est loin, très loin, d'un monde idéal. Et c'est alors que l'intrigue de Connelly devient passionnante. Je ne suis pas là pour raconter un livre mais pour vous dire ce que j'en pense. Cependant, il faut tout de même expliquer le titre "Trunk music" (je ne sais pas comment il a été traduit en Français). La "Trunk music" est une catégorie de crimes portant la signature de la mafia. Cela vient de "trunk" (le coffre d'une voiture, en Américain) parce qu'on y retrouve le cadavre de la personne assassinée. C'est exactement comme cela que commence le roman : la découverte du corps d'un producteur de films à Hollywood, dans le coffre de sa Rolls-Royce. Et je ne vous en dira pas plus... car ça vaut vraiment la peine de découvrir la suite !

 TRUNK MUSIC, de Michaël Connely.   Ma note : 17/20.

Une chanson douce avec beaucoup... d'aigüs !

Le Prix Goncourt de "Chanson douce" a lancé Leila Slimani dans le grand bain de la littérature contemporaine. C'est un des bons millésimes des récents Goncourt, avec Houellebecq, Pierre Lemaître et quelques autres. 

"Une chanson douce" raconte l'histoire d'une baby sitter qui a de très gros problèmes psychologiques. Comme tous ces genres de personnages, elle se présente comme une "perle" dans les premières pages du livre. Et puis, peu à peu, sa névrose obsessionnelle apparaît, pour finir par le drame que l'on sait... puisque, dès le début du livre, l'auteure tue le suspense... et les deux enfants, dont la baby sitter a la responsabilité. Et elle ne fait pas dans la dentelle ! 

On l'a compris, tout l'intérêt du livre tourne autour de la personnalité de la baby sitter, ainsi que de la progression graduelle de son obession. Et là, chapeau ! C'est très bien fait. Le dosage est parfait. On commence en rose bonbon et l'on finit par l'horreur, rouge sang ! La prise de conscience des parents, écartelés entre leur vie professionnelle et privée, est aussi très intéressante car elle oscille entre lâcheté et incrédulité. La vérité qu'on ne veut pas voir car elle vous arrange. 

Un roman pas follement réjouissant mais très intéressant./

"Une chanson douce" de Leila Slimani (Gallimard). Ma note :  18/20.

"       Back spin"... le polar golfique de Coben !

Pour ceux qui aiment le golf mais pas que... une très belle intrigue signée Coben, autour d'un tournoi majeur américain au cours duquel plusieurs joueurs tomberont dans le trou (mais pas le bon) ! Toujours avec humour (Myron Bolitar, le personnage récurrent de Coben n'en manque pas), l'auteur américain nous fait pénétrer l'univers du golf qu'il semble bien connaître. Son héros est d'ailleurs un agent de sportifs, ce qui permet à Coben de faire voyager le lecteur dans les coulisses d'un sport, tout en tissant une intrigue policière digne des plus grands. 

Etant moi-même golfeur et amateur de polars, "Back spin" (traduisez "effet rétro") est un roman que je recommande sans l'ombre d'une hésitation, tant sa lecture est captivante. Je ne connais pas le titre en Français. Si vous ne lisez pas en version originale, il vous faudra le retrouver.

"Back spin", de Harlan Coben. 343 pages. Ma note : 17/20

                    The wrong kind of blood... the right kind of book !

Je ne connaissais pas Declan Hughes, un auteur irlandais qui a commencé par le théâtre, avant de s'attaquer au polar... eh bien, j'ai pris un grand coup de poing dans la gueule ! 

Pour un premier roman, je ne dirai qu'une chose : chapeau Mr Hughes ! 

"The wrong kind of blood" (allusion à la mort de la fille du narrateur qui n'a pu être sauvée à cause d'une transfusion sanguine inadéquate) raconte la corruption immobilière à Dublin où la pègre se mélange à la délinquance en col blanc. Il y est aussi question de lourds passé familiaux où les cadavres se mettent à parler. Comme R.J. Ellory, Hughes va plus loin que le polar dans l'analyse des sentiments humains. On peut parler ici de grande littérature. 

On a envie de remettre le couvert, sur les traces de Ed Loy, le privé récurrent de Hughes qui se raconte à la première personne du singulier. Comme tous les Irlandais (ou presque), il boit sec, encaisse les coups et participe d'un mélange de brutalité, d'inconscience et d'infinie tendresse.

"The wrong kind of blood" de Declan Hughes.               Ma note : 19/20        

            "Train"... Difficile de sortir du tunnel !

.J'ai rarement lu un bouquin aussi déstabiisant. Il est sous-titré "roman noir" et je croyais avoir affaire à un polar. Mais il n'y a pas d'intrigue et l'histoire s'articule autour d'une série de climats et de personnages dont on peine à cerner le profil autant que les motivations. C'est assez décousu, totalement amoral et le style est déconcertant. On a envie de laisser tomber mais, je ne sais par quelle magie, on n'y arrive pas. Puis, peu à peu, on se laisse entraîner dans l'univers de Pete Dexter et, quand on ferme le livre (pour le reprendre le lendemain), on s'étonne d'en être frustré. La fin est aussi dérangeante que le reste du bouquin mais, à ce stade de la lecture, plus rien ne nous surprend. Et l'on réalise que le talent de Dexter réside dans cette faculté unique de jouer au chat et à la souris avec son lecteur.

La peinture de la Californie des années cinquante est saisissante de réalisme. Le sous-titre de "roman noir" y trouve sa justification. On est plongé dans la sinistrose des vieux polars hollywoodiens de l'époque. Noir et blanc... contraste maximum, sur fond de racisme... évidemment ! Une chose est sûre : ce n'est pas le genre de roman qu'on oublie sitôt la dernière page tournée. C'est peut-être ça le talent, en fin de compte. Au delà du plaisir, il y a l'empreinte littéraire. Celle de Dexter ne s'efface pas facilement. 

 "Train", de Pete Dexter (Points). 350 pages.         Ma note : 17/20

           Dur, dur... de balayer la poussière !

C'était la première fois que je lisais Sandrine Collette. Autant vous dire que ce ne sera pas la dernière ! "Il reste la poussière" vous prend aux tripes dès les premières lignes. La vie aride des gauchos de Patagonie y est pour beaucoup. L'auteur sait la décrire... on sent qu'elle n'a pas bâti l'intrigue de son roman avec Google ! Cette histoire et ses protagonistes sortent de son ventre. Les mots ne sont que des véhicules, qu'elle conduit avec habileté, à la manière de ses personnages qui se lancent à cheval dans des courses folles, sur la steppe argentine. Sandrine Collette ne donne pas de repères calendaires mais la vie rude et primaire de ses héros pourrait appartenir à n'importe quel époque. 

Et puis, s'y mêlent les sentiments humains à travers cette famille déchirée par la haine. Au mieux, la plus totale indifférence. D'ailleurs, les hommes et les animaux s'y mélangent, dans le sang. Et du sang... il en coule beaucoup ! Seul le cheval s'en sort la tête haute. Mais le cheval appartient à la pampa... tout comme ces hommes abrutis par le travail. Ils n'ont pas le temps de penser... juste celui de haïr.  

Un roman fort en émotion qui réduit tout en poussière. Une poussière que vous n'arriverez pas à balayer facilement !

"Il reste la poussière", de Sandrine Collette (Editions Denoël), 300 pages.             Ma note : 18/20.

             Une nuit éternelle et lumineuse.

Bizarrement, je n'avais jamais lu Barjavel. Je dis bizarrement car il s'agit d'un auteur de "ma génération", disons plutôt ma jeunesse. "La nuit des temps" a été écrit en 1966 et ce n'est pas anodin de le préciser car, deux ans avant la fameuse "révolution" soixante-huitarde, une certaine révolte estudiantine, située dans la... nuit des temps, nous montre que Barjavel était un visionnaire. Tout le roman, d'ailleurs, participe d'une réelle vision des temps futurs. Même si l'intrigue commence 900.000 avant notre ère. De fait, l'auteur surfe sur un passé lointain, se confondant avec un futur apocalyptique qui, même en plein coeur des Trente Glorieuses, nourrissait déjà l'angoisse des peuples de la planète Terre. 

La nuit des temps est, à la fois, un roman de science-fiction, un conte philosophique, une merveilleuse histoire d'amour et un thriller. Barjavel est à l'aise dans tous les genres. Sont style sait s'attarder sur de belles couleurs, comme s'envoler dans des épopées débridées. J'ai été très impressionné par les descriptions d'ordre technique et scientifiques qui, même si je n'ai pas la compétence pour en juger, m'ont paru fort bien documentées. 

La nuit des temps est un peu trop le reflet de son intrigue. On a laissé dormir ce chef d'oeuvre (et son auteur) un peu trop longtemps, au profit de romans qui ne lui arrivent pas à la cheville... si tant est qu'un roman ait une cheville ! J'ai fait un voyage littéraire fantastique en le lisant et c'est d'autant plus étonnant que je suis réfractaire à la science fiction et à la science tout court. C'est pourquoi, j'aimerais qu'on remette cette "nuit" au goût du jour... et on auteur aussi. 

"La nuit des temps" de René Barjavel (Presse Pocket).      Ma note : 19/20.

Deal breaker : un super Coben !

Il faut bien commencer par quelqu'un. C'est Harlan Coben qui a cet honneur (en est-ce vraiment un ?).

J'aime beaucoup cet auteur. Son style n'est pas prétentieux, il est direct, percutant et plein d'humour. Humour new-yorkais... particulièrement savoureux quand on a la chance de pouvoir lire en VO. Pas étonnant que Coben cartonne au niveau des ventes !

"Deal breaker" (je vous laisse le soin de trouver le titre français) est un polar efficace à l'intrigue terriblement bien ficelée. Elle se déroule dans le milieu du football américain. Le personnage récurrent de Coben, Myron Bolitar, est un agent sportif qui devient enquêteur pour les besoins de l'intrigue. On prend énormément de plaisir à tourner les pages et l'on redoute la fin. Je veux dire : on aimerait que ça ne finisse jamais !

Ma note : 17/20.

      Un prix très...                abordable.

Le prix de l'amour (Michel Déon) : On fait un grand saut périlleux pour quitter l'univers du polar et plonger dans le monde de Michel Déon, que l'actualité fait revivre.

Ce recueil de nouvelles ne vaut évidemment pas ses grands romans ("Un taxi mauve", "La cour des grands", etc)... uniquement parce que la nouvelle est un genre moins "sexy" (à mes yeux). Mais on y retrouve ces émotions que véhicule le style de Michel Déon, d'une immense richesse, à la fois limpide et fleuri, qui le classe - selon moi - parmi les plus grands écrivains francophones. 

Quelle classe, quel raffinement, quel délice ! Une littérature de gourmet ! 

Ma note : 16/20.

"Mes nuits sont plus belles que vos jours"... ce n'est pas du somnambulisme !

Très beau roman, raffiné, esthétique. Raphaëlle Billetdoux excelle dans ce genre d'exercice intimiste aux couleurs pastels. Il est sorti en 1986, a connu un succès justifié et n'a pas pris une ride. 

Ma note : 15/20

"Le 5ème règne" : plus une régence qu'un règne.

Même si c'est une oeuvre de jeunesse, je n'ai pas été emballé. Je ne me suis pas ennuyé non plus à la lecture du 5ème règne. Mais, tout bien réfléchi, je ne crois pas que Chatam soit un écrivain fait pour moi. Chacun ses goûts. Je sais quand même reconnaitre un bon travail et c'est pourquoi je lui mets une note supérieure à la moyenne.

Ma note : 13/20