JACQUES SAUSSEY

Ecrivain français né le 14 mars 1961.

Jacques Saussey est un des plus grands écrivains de romans noirs en France. 

Il débute à 47 ans par une série de nouvelles policières, deux d'entre-elles étant immédiatement primées : "Quelques petites taches de sang" et "Alfred Jarry est mort". Une troisième est adaptée en bande dessinée, en 2007. Il s'agit de "Le joyau du pacifique". 

Aujourd'hui détenteur d'une oeuvre romanesque conséquente, Jacques Saussey s'est trouvé un couple de flics, Lisa Heslin et Daniel Magne, pour héros récurrents. Le succès de leur créateur doit beaucoup à leur forte et attachante personnalité. 

                       Enfermée... on n'en sort pas indemme. 

Les premiers papillons ont éclos derrière ses paupières. Elle en avait déjà vu de semblables, enfant, un été au bord de l'océan, jaunes et violets contre le ciel d'azur. Elle était allongée au soleil, l'herbe souple courbée sous sa peau dorée. Le vent tiède soufflait le sel iodé de la mer dans ses cheveux. Aujourd'hui, l'astre était noir. Le sol dur sous ses épaules. Et l'odeur était celle d'une marée putride qui se retire. Les papillons s'éloignaient de plus en plus haut, de plus en plus loin. Et l'air lui manquait. Lui manquait... Elle a ouvert la bouche pour respirer un grand coup, comme un noyé qui revient d'un seul coup à la surface. Les papillons ont disparu, brusquement effrayés par un rugissement issu du fond des âges...

Virginie est née dans le mauvais corps par rapport à son psyschisme. C'est une femme enfermée à l'intérieur d'un corps masculin. Après une peine de prison, elle se retrouve embauchée au Centre où elle semble avoir un but bien précis. Le roman s'articule entre la vie de Virginie dans ce Centre où des personnes très âgées, déposées par leurs enfants pour hériter au plus vite, viennent passer les derniers instants de leur vie, et le récit de l'existence de Virginie depuis l'enfance. Virginie est un des rares personnages du livre qui porte un prénom qu’il s’est donné (pas celui de sa naissance). Tous les êtres, souvent abjects, qui gravitent autour d'elles n'ont pas d'identité : le Père, La Mère, le Curé, le Moche, le Musicien. Ce choix est expliqué à la fin du livre. La société refusant à Virginie une identité, il (elle) décide d'enlever leur identité aux protagonistes du livre par ricochet.

On a entre les mains un roman très dur. Beaucoup de noirceur. Un sujet original que je n’avais jamais vu traiter qui, au-delà d'un récit mené tambour battant qu'on ne peut lâcher, fait réfléchir à la non-place donnée dans notre société à la différence. Il fallait oser l’évoquer dans un roman sur le transsexualisme ! Ce roman est le onzième de Jacques Saussey. Enfin un polar français qui me plait... pour moi un des meilleurs depuis longtemps.

                                                                                                                                                  Alice Midal.

"Enfermée" (French pulp), de Jacques Saussey.                                                                                                Ma note : 19/20

Autre avis sur "Du poison dans la tête" (chroniqué ci-contre, par mes soins) : 

Paris - Myriam, jeune femme bien sous tous rapports, se jette nue dans la Seine. Pourquoi ce geste incompréhensible? Pendant ce temps, le commandant Magne reçoit un colis insolite provenant d'un ami d'enfance, à présent décédé. Colis qui va raviver un passé douloureux.

Une fois encore, on retrouve le couple Daniel Magne et Lisa Heslin, accompagné de leurs fils adoptif Oscar, un vrai régal ! J'avoue que celui-ci est sans conteste mon préféré de la série, cela dit, il n'est pas nécessaire d'avoir lu les 7 précédents. Le titre évoque parfaitement le venin que certains prédateurs peuvent instiller dans l'esprit des victimes.

Jacques Saussey nous entraîne dans trois intrigues dont le fil conducteur est la maltraitance envers les femmes. Un sujet toujours d'actualité que l'auteur traite avec brio et beaucoup d'émotions. Psychologique ou physique, il dénonce les sévices sans concession ni surenchère. Jacques Saussey m'a totalement immergée dans le roman grâce à un rythme soutenu qui, malgré le nombre de pages, ne souffre pas de longueurs, une prouesse ! Parallèlement aux enquêtes, vous pénétrerez dans l'intimité du couple Magne-Heslin qui, nonobstant leur métier, ne sont pas à l'abri d'injustices qu'ils devront régler de manière légale.....ou pas. Je vous conseille donc vivement cet excellent roman noir sur des faits de société de plus en plus fréquents et intolérables.

                                                                                                                                        Nathalie Friquet.

"Du poison dans la tête", de Jacques Saussey.             FRENCH PULP ÉDITIONS (10/10/2019)            Ma note : 19/20

Ne prononcez jamais leur nom... mais n'oubliez pas celui de l'auteur !

Je commence à avoir l'habitude des thrillers et j'avoue avoir rarement lu un roman de cette qualité. 

Ou, devrais-je dire, de... ces qualités. Car il les a toutes ! 

Le style : riche, brillant, fort en couleurs et, malgré tout, fluide. A travers la plume de Saussey, on voit les paysages (en l'occurence, un Pays Basque d'une sensualité brutale, presque animale) et l'on vit les situations. Quasiment dans l'interactif.

L'intrigue : palpitante, de A à Z. Avec peut-être (seul micro-reproche) une fin trop rapide. J'aurais aimé un ultime rebondissement (pour ne pas dire explosion, les lecteurs comprendront). Mais bon, on est forcément plus exigeant avec un "trois étoiles" qu'avec un "routier".

Les personnages : bouleversants. Tous ! Pas seulement le couple vedette (voir ci-contre). Saussey est un explorateur de consciences qui a choisi le polar mais qui aurait pu trouver d'autres océans pour sonder l'âme humaine. 

Et malgré tout, "Ne prononcez jamais leur nom" est un véritable "page turner" dans le meilleur sens du terme. On nage en eaux profondes sans aucun risque de noyade. 

"Ne prononcez jamais leur nom" de Jacques Saussey (Le Toucan-Livre de poche). Ma note:19/20.

Du poison entre les pages. 

"Du poison dans la tête" en farcit aussi celle... du lecteur. Ce n'est pas un roman reposant. Vous me direz, un thriller n'est pas fait pour "reposer" le lecteur, bien au contraire. Mais il peut être distrayant ou, à défaut, haletant. "Du poison dans la tête" est un roman engagé. Je dirai même militant. Jacques Saussey s'en explique à la fin du livre... mais on avait déjà compris le message. Il questionne plusieurs thèmes sociétaux ou techniques : l'infiltration psychologique chez les plus vulnérables (thème principal) mais aussi l'adoption, la culpabilité, le déracinement, la cynégétique et le couple dans la police (thème récurrent avec les deux héros de Saussey auxquels, reconnaissons-le, il est difficile de ne pas s'attacher).

A mon avis, cette construction nuit à l'intérêt purement romanesque de l'oeuvre. L'épilogue est assez décevant même si j'ai compris qu'il s'agit d'une fin ouverte et que, au terme des 572 pages, il faut bien finir par poser le point final. J'attendais une conclusion plus "diluée"... quitte à aller jusqu'à 600.  

Cela étant, "Du poison dans la tête" détient les qualités inhérentes au talent de son auteur. Une intrigue solide (et même plusieurs qui s'entrecroisent sans que le lecteur s'y perde), des personnages en relief, très touchants, une documentation quasi journalistique et - last but not least - une écriture aussi riche que fluide. 

Pour toutes ces raisons, je lui pardonne bien volontiers de ne pas m'avoir acclimaté à son univers. Mais n'était-ce pas le but (avoué) de l'auteur que de téléporter son lecteur dans un monde où il se sent mal à l'aise ? C'est là que nous nous sommes laissés empoisonner... au sens littéral du terme. 

PS : J'ai bien aimé le clin d'oeil à l'un de ses confrères (et amis) à travers un personnage secondaire nommé Olivier Ronek. Les polardeux auront compris l'anagramme. 

"Du poison dans la tête" (French pulp), de Jacques Saussey.

                                 Ma note : 17/20.